Loyer, électricité, assurances, fournitures de bureau, abonnements téléphoniques… Ces dépenses n’ont pas de lien direct avec la production d’un bien ou d’un service, mais elles tombent chaque mois avec une régularité mécanique. On les appelle les frais généraux, et leur gestion fait souvent la différence entre une entreprise rentable et une autre qui court après sa trésorerie.
Le terme est masculin pluriel — on parle des frais généraux, jamais « du frais général » — et son sens en comptabilité est bien plus large que ce que l’on imagine. Indépendant, TPE, PME ou grand groupe : personne n’y échappe. Autant comprendre exactement ce que recouvre cette notion avant d’essayer de l’optimiser.
Ce que désignent vraiment les frais généraux
Définition et périmètre comptable
Les frais généraux regroupent l’ensemble des dépenses nécessaires au fonctionnement d’une structure, sans être directement imputables à une commande ou à un produit précis. En comptabilité française, on les retrouve principalement dans les charges d’exploitation des classes 6 du plan comptable général.
Quelques exemples concrets qui entrent dans ce périmètre :
- Loyers et charges locatives des locaux professionnels
- Factures d’énergie (électricité, gaz, eau)
- Primes d’assurance (responsabilité civile professionnelle, multirisque)
- Frais de téléphonie et d’internet
- Fournitures de bureau et consommables
- Honoraires d’experts-comptables ou d’avocats
- Abonnements logiciels (CRM, ERP, outils de gestion)
- Frais bancaires et commissions
Ce qui les distingue des charges directes, c’est leur nature transversale : ils servent à l’ensemble de l’activité, pas à une mission identifiée. Un artisan qui achète du bois pour fabriquer une table impute ce coût directement au chantier. Son abonnement à un logiciel de facturation, lui, part en frais généraux.
Synonymes courants dans le monde des affaires : charges de structure, frais de fonctionnement, overhead (terme anglais encore très utilisé dans les directions financières). Le sens reste identique, seul le registre change.
Frais professionnels : le cas particulier des salariés
Attention à ne pas confondre frais généraux de l’entreprise et frais professionnels des salariés. Ces derniers désignent les dépenses engagées par un employé dans le cadre de son travail et remboursées par l’employeur : frais de déplacement, repas, hébergement lors de déplacements, etc.
L’administration fiscale encadre strictement leur remboursement via des barèmes. Le plus connu reste le barème kilométrique, mis à jour chaque année par l’administration. En 2026, les taux varient selon la puissance fiscale du véhicule et la distance parcourue dans l’année — un salarié qui roule avec une 5 CV et parcourt 10 000 km professionnels peut prétendre à un remboursement calculé sur une base d’environ 0,32 € par kilomètre (taux à vérifier auprès de l’administration, les barèmes changeant annuellement).
Ces remboursements sont exonérés de cotisations sociales, dans la limite des montants fixés par l’URSSAF. Au-delà, ils deviennent du salaire déguisé — et redressable.
Côté salarié, deux options existent pour la déclaration d’impôt sur le revenu :
- Déduction forfaitaire de 10 % : appliquée automatiquement sur les salaires, sans justificatif à fournir.
- Frais réels : on renonce au forfait pour déduire les dépenses professionnelles réelles, justificatifs à l’appui. Cette option est rentable lorsque les frais dépassent 10 % du salaire net, ce qui concerne souvent les grands rouleurs ou les travailleurs dont le domicile est éloigné du lieu de travail.
Maîtriser et réduire ses frais généraux
Réduire les frais généraux ne signifie pas tailler dans le vif de façon aveugle. Une entreprise qui coupe son budget assurance pour économiser 200 € par mois prend un risque disproportionné. La bonne méthode, c’est d’abord d’auditer, ensuite d’arbitrer.
Voici comment procéder de façon méthodique :
- Cartographier toutes les dépenses : exporter l’intégralité des charges sur 12 mois, poste par poste. Beaucoup d’abonnements oubliés ou de doublons apparaissent à cette étape.
- Classer par nature et par fréquence : séparer les charges fixes (loyer, assurances) des charges variables (consommation électrique, fournitures). Les premières sont difficiles à réduire rapidement, les secondes offrent plus de marges.
- Comparer les offres sur les postes renégociables : assurances, téléphonie, énergie, fournitures. Un appel d’offres tous les deux ans sur ces postes génère souvent 10 à 20 % d’économies sans changer quoi que ce soit au fonctionnement.
- Mutualiser quand c’est possible : espaces de coworking, achats groupés entre entreprises du même secteur, partage de certains services administratifs.
- Automatiser pour réduire les coûts de traitement : la gestion manuelle des notes de frais, des factures fournisseurs ou des relances coûte du temps — donc de l’argent.
Un ratio utile à surveiller : le rapport frais généraux / chiffre d’affaires. Dans le secteur des services, un ratio inférieur à 20 % est généralement considéré comme sain. Au-delà de 30 %, la structure pèse trop lourd et érode la marge opérationnelle.
Pour les indépendants et micro-entrepreneurs, la logique est identique, même si l’échelle diffère. Les frais de déplacement, de formation, ou encore d’entretien d’un espace de travail à domicile peuvent être déduits du résultat imposable — à condition d’être justifiés et proportionnels à l’usage professionnel. Un jardin aménagé autour des bureaux d’une entreprise peut même générer des charges déductibles : entretien, fournitures d’espaces verts… Si le sujet vous intéresse, des ressources spécialisées comme Jardin traitent de l’aménagement et de l’entretien des espaces extérieurs professionnels.
L’erreur classique des dirigeants de petites structures : ne regarder les frais généraux qu’une fois par an, au moment de la clôture comptable, quand il est trop tard pour agir. Un suivi mensuel, même sommaire, permet d’identifier les dérives tôt — et de corriger avant que le mal soit fait.
Questions fréquentes
Quelle différence entre frais généraux et charges fixes ?
Les charges fixes sont des dépenses dont le montant ne varie pas avec le niveau d’activité (loyer, assurances). Les frais généraux sont un concept plus large : ils incluent à la fois des charges fixes et des charges variables (consommables, énergie), du moment qu’elles ne sont pas directement imputables à un produit ou service précis. Toutes les charges fixes ne sont pas des frais généraux, et inversement.
Les frais généraux sont-ils déductibles des impôts ?
Oui, dans leur grande majorité. Les frais généraux engagés dans l’intérêt de l’entreprise et justifiés par des pièces comptables sont déductibles du résultat imposable, qu’il s’agisse d’impôt sur les sociétés ou d’impôt sur le revenu (BIC, BNC). Des règles spécifiques s’appliquent toutefois à certains postes : véhicules de tourisme, cadeaux clients au-delà de 73 € TTC, etc.
Comment calculer le taux de frais généraux d’une entreprise ?
Le calcul est simple : divisez le total des frais généraux par le chiffre d’affaires, puis multipliez par 100. Un résultat de 18 % signifie que 18 centimes de chaque euro de ventes sont absorbés par les charges de structure. Ce ratio varie fortement selon les secteurs : il est plus élevé dans l’industrie lourde (immobilisations importantes) que dans le conseil ou le commerce en ligne.
Un auto-entrepreneur peut-il déduire ses frais généraux ?
Non, pas directement. Le régime micro-entrepreneur prévoit un abattement forfaitaire sur le chiffre d’affaires (71 % pour la vente, 50 % pour les services BIC, 34 % pour les BNC) censé couvrir toutes les charges, y compris les frais généraux. Aucune déduction réelle n’est possible dans ce régime. Pour déduire ses frais réels, il faut basculer vers un régime réel (réel simplifié ou normal).
Qu’est-ce qu’un coefficient de frais généraux ?
Le coefficient de frais généraux est un outil de gestion utilisé principalement dans l’artisanat et le BTP. Il rapporte le montant total des frais généraux aux heures productives de l’entreprise. Concrètement, si une entreprise génère 80 000 € de frais généraux pour 2 000 heures de travail facturables, le coefficient est de 40 € par heure. Ce chiffre s’intègre ensuite dans le calcul du prix de revient horaire.